Daphné était une jeune chasseresse réfractaire au mariage, et fut le premier amour d'Apollon. Son père, le dieu-fleuve Pénée, se chagrinait beaucoup de la voir éconduire l'un après l'autre tous les jeunes gens beaux et acceptables qui la recherchaient. Il la grondait gentillement et gémissait : « N'aurai-je donc jamais un petit fils ? » Mais elle jetait ses bras autour de son cou et le cajolait : « Père chéri, laissez-moi suivre l'exemple de Diane. » Alors il cédait et elle retournait courir dans les forêts profondes, ravie de sa liberté.
Mais un jour Apollon l'aperçut et pour elle tout s'acheva.
Elle chassait; sa robe courte lui venait aux genoux, ses bras étaient nus et ses cheveux en désordre. Sa beauté, malgré cela, restait enchanteresse et Apollon pensa : « que serait-ce si elle était convenablement vêtue et si ses cheveux étaient coiffés ? »
A cette idée, le feu qui dévorait son coeur brûla plus vif encore et il s'élança à la poursuite de Daphné. Celle-ci fuyait; elle excellait à la course et Apollon lui-même eut quelque peine à la rattraper, mais bien entendu il y parvint bientôt. Tout en courant, il lançait sa voix devant lui, suppliante, persuasive, rassurante : « Ne crains rien », criait-il. « Arrête, reconnais-moi. Je ne suis ni un rustre ni un berger, je suis le Seigneur de Delphes et je t'aime. »

Mais Daphné fuyait toujours, plus effrayée que jamais. Si c'était bien Apollon qui la poursuivait, son sort devenait désespéré, cependant elle était bien décidée à lutter jusqu'au dernier moment. Il n'était plus loin; déjà elle sentait le souffle du dieu sur sa nuque, lorsque devant elle les arbres s'écartèrent et elle vit le fleuve de son père. Elle cria : « Père, aide-moi, sauve-moi ! » A ces mots, une torpeur la prit, elle sentit que ses pieds s'enracinaient dans le sol qu'un instant plus tôt elle foulait si légèrement et avec tant de célérité. Une écorce l'enveloppait maintenant et des feuilles jaillissaient. Elle était transformée en arbre, en laurier.
Avec consternation, Apollon suivait des yeux la métamorphose. « O la plus belle des jeunes filles, tu es perdue pour moi », gémit-il. « Mais du moins tu seras mon arbre. Le front de mes vainqueurs sera ceint de tes feuilles. Tu prendras part à tous mes triomphes. Apollon et son laurier seront unis partout où des chants s'élèveront, où des poèmes seront dits. »
Bruissante et ondoyante, la tête du bel arbre aux feuilles luisantes parut acquiescer joyeusement.

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